Publié le 16 janvier 2020

Réussir sa prise de Parole en Public

Jambes cotonneuses, cœur qui s’emballe, mains moites, (...) nombreux sont ceux qui expérimentent de sérieux symptômes et signes d’inconfort lorsqu’il s’agit de prendre la parole devant 5, 20 ou 100 collaborateurs !

Pourtant, maîtriser sa communication est un facteur de réussite déterminant en entreprise. Conférences de presse, entretiens d’embauche, soutenances d’appels d’offre et situations managériales requièrent une certaine maîtrise de l’art oratoire ou plus précisément de la relation avec son auditoire. Décryptage des mécanismes à l’œuvre dans la prise de parole en public avec Bertrand Vinson, soft skill trainer.
Le besoin de reconnaissance
La peur de parler en public est largement répandue. Pour Bertrand Vinson, cette appréhension découle d’une question d’ego. Elle est fondamentalement liée à notre besoin naturel de reconnaissance et notre souhait d’être accepté(e)s, adoubé(e)s, écouté(e)s, compris(es)... Nous créons dès lors en réaction la peur de ne pas l’être. Si cette peur existe par la présence du public et dans son regard, Bertrand insiste sur le fait que l’attitude du public n’est pas déterminante dans le déclenchement de la peur. La preuve : nous pouvons trembler ou bégayer devant un public tout acquis à notre cause.
L’enjeu personnel
Pitcher dans des circonstances où il y a beaucoup d’enjeu personnel impacte lourdement notre ressenti. Selon ce que nous avons à gagner ou à perdre dans la situation, notre niveau d’appréhension varie. Représenter votre entreprise dans un congrès international, en anglais, devant le CEO et le gratin de la boîte au moment où vous visez de nouvelles responsabilités génère nécessairement plus d’anxiété que de mener le même pitch lorsque vous êtes démissionnaire et sur le point de quitter votre société. Comme le souligne Bertrand Vinson, « quand notre avenir ou notre crédibilité se joue, quand nous nous obligeons à réussir, la peur s’en mêle »
Identifier ses automatismes
Bertrand Vinson explique que la peur de ne pas réussir, « comme toutes les peurs, va être gérée par notre cerveau qui va déclencher des mécanismes de défense automatisés, à savoir des réflexes ». Il identifie des réflexes de trois ordres :
• La fuite
• Le repli sur soi (c’est tout le danger de l’exercice)
• L’ouverture aux autres (c’est la solution)
L’entraînement à la prise de parole en public consiste avant tout à prendre conscience des mauvais réflexes, les désamorcer et à en acquérir de nouveaux. Sortir de son appréhension, son speech, son enjeu pour entrer en relation et en conversation avec son auditoire.
L’écueil de la priorité au texte
L’erreur commune, selon Bertrand Vinson, serait de se précipiter dans le texte, de se concentrer surce qu’il y a à dire avant même de créer le contact. Ce qu’il appelle « le repli sur soi » mais aussi « le repli sur nos pensées » ou le « repli dans notre tête ». Il explique justement que « lorsque nous
avons peur dans une situation de prise de parole, notre cerveau nous amène souvent à nous concentrer exagérément sur ce qui est à dire, à nous précipiter dans le texte, à nous cacher derrière les mots. _» Et c’est là l’écueil à éviter. « _Habituellement, en situation sociale, ce que nous vivons avec les autres, ce sont des moments de relation. Ce qui est au cœur du moment, c’est la relation, pas ce qui se dit. _» Ainsi, parler ou échanger devient un acte naturel et sans enjeu : « _ne pas être en capacité de répondre à une question, dire non, affirmer un désaccord, rien de tout cela n’est un problème. »

Quand nous faisons une priorité de « parler », notre cerveau cherche inéluctablement ce qui doit se dire après, il « s’inquiète de manquer de “stock” et se met à chercher de l’information d’avance. » Et c’est là que nous perdons nos moyens. Nous cherchons désespérément l’information dans nos notes, sur le power point, nous bégayons et notre respiration s’inverse : nous respirons dans le haut du corps au lieu de respirer par le diaphragme comme nous le faisons naturellement. Bertrand Vinson montre que c’est la mauvaise respiration qui entraîne la plupart des effets indésirables bien connus des frileux de la prise de parole en public : hypo-oxygénation, tensions musculaires, tremblements des jambes ou des mains, sensations de chaleur ou de froid, rougeoiement, transpiration, élocution erratique, trous de mémoire...

« En essayant ainsi de contrôler ce qui est à dire, nous ne nous occupons plus de l’essentiel : l’auditoire, et son confort ou plaisir d’écoute. »
Le faux rempart : les notes
Est-ce que les notes peuvent nous aider dans l’exercice ? Très peu malgré le réflexe absurde des «fiches ». Arriver avec un paquet d’A4 ou un PowerPoint surchargé, c’est courir à la catastrophe. On se rassure dans le texte, on cherche, on lit, on devient monotone, on oublie de regarder ce qui se passe en face. Or, Bertrand Vinson, rôdé aux pitch en tous genres, est catégorique : « On prend du plaisir à écouter quelqu’un parce qu’il se passe quelque chose dans l’interaction. »

En revanche, une préparation à la prise de parole est importante et nécessaire. Il est recommandé de structurer son discours autour des idées clés et des questions que se posent l’auditoire. Une fois le speech construit, intégré, répété, pourquoi pas s’octroyer le droit à un mémo : un bristol avec les chiffres clés, la structure et l’anecdote à ne pas oublier.
La seule difficulté dans la prise de parole en public : le public
Pour faciliter la relation, supprimez le “je” de votre pitch. L’auditoire a envie d’être entendu, compris, de se sentir concerné. C’est dans cette perspective qu’il faut structurer le discours : répondre aux interrogations de l’auditoire, relier l’intervention à son existence, emprunter son prisme de lecture, parler son langage. Ainsi, préférez un “VOUS” au “JE” et évoluez vers des “NOUS” pour créer une communauté de pensée et réduire cet espace qui vous sépare de l’auditoire.